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Article paru dans MARIANNE n°553 - ECHO DES TERROIRS - Terroirs Originels
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Article paru dans MARIANNE n°553

(jeudi 07 février 2008)

Article paru dans MARIANNE n°553  
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Article paru dans MARIANNE n°553  
Article paru dans MARIANNE n°553  

Dans le Magazine MARIANNE numero Spécial du 24 Novembre 2007, l'article ci-joint des pages 90 à 93 Rubrique "SAVOIR VIVRE"  tient à réhabiller le beaujolais nouveau, et cite parmi ces 4 coups de Coeur, 2 vins commercialisés par les Terroirs Originels :

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- Beaujolais Domaine FELLOT

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-  Beaujolais-Villages Domaine DUPRE

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Réhabilitons les vins primeurs

Vive le bon beaujolais nouveau !

Halte à l'anthème sur les vins nouveaux !

Malgré une oenocratie pédante qui les a diabolisés et un mercantilisme sauvage qui les a disqualifiés, retrouvons les charmes de ce rituel populaire avec les meilleurs d'entre eux.

Par Périco Légasse

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Nos coups de cœur

Marianne a dégusté un panel de vins nouveaux du millésime 2007, provenant du Beaujolais et du Val de Loire. S'il subsiste encore des productions indignes d'une AOC (nous le répétons, comme partout ailleurs), nous n'avons jamais rencontré une telle profusion de bonnes cuvées. Y compris chez l'illustre Georges Dubœuf. Voici quatre coups de cœur témoignant du redressement évident - et déjà ancien - (ou de la permanence pour certains), de la qualité des vins nouveaux en France. Quatre Beaujolais et un Touraine dont la vinification parfaitement naturelle confirme l'amabilité du cépage gamay lorsqu'il n'est pas, soit galvaudé par des ajouts malheureux, soit négligé par le dogme baba bio. Quatre vins en primeur restituant le caractère de ce millésime vendangé dans des conditions idéales malgré un été pluvieux. Preuve que les dernières semaines sont déterminantes. Des vins colorés, au bouquet intense, souples et friands, bien typiques, de leur appellation, glissant sur la langue, ronds et nerveux en bouche, au fruité ample et persistant annonçant des arômes d'une délicatesse surprenante. De vraies gorgées de bonheur que l'on engloutit avec un plaisir illimité.

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Le beaujolais nouveau est mort. Vive le beaujolais nouveau ! Coup de bluff, provocation ou pure opération marketing visant à contourner le discrédit dont pâtit encore celui qui fut le plus populaire des vins de France? Rien de cela, mais simple volonté d'alerter le lecteur sur la plus grande opération de désinformation bachique des trente dernières années. Par commodité, conformisme ou bien-pensance, l'opinion publique aime parfois se laisser entraîner dans des certitudes qu'il est de bon ton de partager et de perpétuer. Il a été longtemps du dernier chic de clamer à voix haute que le "beaujolais nouveau, c'est dégueulasse". L'incantation rassure toujours la conscience collective de ceux qui se contentent de marteler quelques clichés bien sentis pour se persuader qu'ils échappent aux pièges du marché, au point que ce n'est plus l'arrivée de cette denrée saisonnière qui constitue un rituel, mais son exécution en règle. Bien qu'elle soit devenue anecdotique, chaque année, la mise à mort du beaujolais nouveau tient lieu de sacrifice d'une pratique indigne sur l'autel de la morale bachique, voire, pour certains, d'acte de civisme. Haro sur le beaujo! L'anathème lancé sur ce vin, et son incrustation sans recul dans les mentalités, est assez révélateur de la "panurgisation" de notre société. Intellectuellement, et loin de tout amalgame, une nouvelle forme de racisme s'est installée dans nos moeurs par le rejet arbitraire et insensé d'une manifestation viticole à la fois légitime et historique. Et rien ne semble pouvoir inverser la tendance. De toute évidence, le mal est fait puisque le "beaujolais nouveau" est mort en tant qu'événement festif annonçant la naissance du millésime en cours. Cela est non seulement regrettable, mais lamentable.

De la tradition à la kermesse

Pourquoi une telle complainte sur la dépouille d'un phénomène dont tout le monde se fout? Parce que, d'un point de vue pédagogique, il ne peut y avoir bonne compréhension du vin, ni juste initiation à la dégustation, ni complète prise de dimension du plaisir bachique sans apprentissage du vin nouveau. Tout du moins pour un amateur avisé.

Le comble est que des siècles durant, jusqu'à ce que l'on découvre et maîtrise l'usage du soufre pour la conservation du vin, le seul jus de la vigne buvable fut précisément le vin nouveau, celui tiré en primeur.

Préservés par le froid durant l'hiver, la plupart des vins repartaient en fer- fermentation dès les premiers beaux jours du fait de l'élévation des températures (à moins qu'ils ne soient conservés dans de profondes caves bien isolées). On disait alors qu'ils "faisaient leurs pâques" Après quoi, faute de protection (les Grecs ajoutaient de la résine et les Romains, des épices), la piqûre acétique guettait (on coupait le vin à l'eau afin d'atténuer ce désagrément). C'est dire, du jour où l'homme vinifia pour la première fois le jus d'une grappe jusqu'à Pasteur, les milliards d'hectolitres de piquette ingurgités par nos aînés. L'arrivée du vin nouveau était donc vécue comme un instant de liesse ouvrant avec la fin de l'année, une courte période durant laquelle il garderait son fruit et sa fraîcheur, donc sa faculté de jouissance. Certains cépages se prêtaient évidemment mieux que d'autres à la dégustation dite "en primeur", le plus caractéristique d'entre eux étant le gamay. D'où le rituel du vin nouveau dans tous vignobles où ce cépage dominait, avec prédilection pour l'emblématique Beaujolais.

Symbole de bonne vie, occasion de trinquer à la santé du pays et des amis, bacchanale gentiment cocardière, parti de Lyon, le phénomène finit par gagner la capitale, puis les grandes villes de France, avant de conquérir le monde. Ce fut d'ailleurs peut-être là que le bât blessa.

Personne ne nie que cette tradition ancienne, popularisée après la guerre dans les bistros parisiens, a progressivement dégénéré en kermesse à la bibine, voire en opération marketing. Trop empressée à satisfaire une demande de plus en plus croissante, une grande part de la viticulture beaujolaise se mit à presser n'importe quoi, n'importe comment. Adieu, le nectar gouleyant et fruité qui chatouillait le gosier en évoquant la framboise ou la mûre. Nous ne rappellerons pas ici les dérives mercantiles et les maquillages aromatiques qui finirent par sonnerie glas de cette sympathique récréation, mais il est vrai que certaines cuvées vendues en grande surface ou déversées à seaux sur les comptoirs éthyliques ternirent irrémédiablement l'image du nectar. Autant d'abus qui, à la longue, finirent par lasser le consommateur et attirer l'opprobre sur une profession tout entière. Il n'empêche, tous lesdits nouveaux n'étaient pas tripotés et tous les vignerons du Beaujolais ne trichaient pas. Loin de là. Bien au contraire. Nombre d'entre eux ont voulu réagir en soignant leur production. D'autres prirent conscience des dégâts et redoublèrent de rigueur. Mais rien n'a pu y faire. La mode antibeaujolais nouveau, puis antibeaujolais tout court, finit par avoir raison du phénomène. Regrettable, disions-nous plus haut, car déguster le vin qui vient de naître, porteur de toute sa jeunesse, d'une fraîcheur exquise et d'une sensation de croquer dans le raisin frais reste l'une des émotions les plus intenses de l'œnophile sensible à la genèse du vin. La démarche n'est pas seulement gourmande, pour ceux qui savent l'apprécier, elle est aussi culturelle, voire sacrée. Un peu comme lorsque l'on mord dans la première fraise ou la première pêche annonciatrice de la belle saison. Lamentable aussi, car il n'y a pas plus de mauvais beaujolais nouveaux que de mauvais bordeaux, mauvais bourgognes ou mauvais côtes-du-rhône; au contraire, les proportions de salopettes produites dans ces trois dernières régions étant, du fait de leur importance, bien supérieures, et, de fait, plus dommageables à la réputation de nos appellations. Lamentable encore, car les efforts consentis par une bonne partie de la viticulture du Beaujolais pour préserver ou retrouver les charmes de cette appellation méritent la reconnaissance du public et le soutien des professionnels. Lamentable enfin, car, la mode antibeaujolais ayant jeté un discrédit aveugle sur le concept du vin nouveau, beaucoup de bons vignerons, faute de débouchés, ont abandonné cette tradition, privant ainsi les amateurs de ce type de vin d'un plaisir irremplaçable. On compte en effet sur les doigts de la main les adresses où ce rituel est encore observé dans les règles de l'art. Non pas qu'il n'y ait plus de mauvais beaujolpifs, loin s'en faut, mais tout de même, avec quelle facilité se contente-t-on de montrer du doigt tout pot de beaujolais nouveau sans même en avoir goût le contenu alors que l'on se rassure en servant une bouteille de pisse d'âne promue en foire aux vins ou encensée par un guide quelconque. Que faudrait-il dire de ces crus bordelais imbuvables de technologie et vendus à prix d'or par des cavistes ou des sommeliers ravis de flatter l'ignorante pédanterie des buveurs d'étiquettes? Qui gruge le plus le consommateur ici-bas? La grande Babylone bachique du négoce affairiste déversant ses millions d'hectolitres de bibine trafiquée sur les rayons de la grande distribution ou le vigneron du Beaujolais cueillant ses raisins à la main pour produire un vin sans prétention? Il est vrai que l'intelligentsia et l'oligarchie œnocratiques ont convaincu le citoyen qu'il fallait désormais boire riche, boire grand, boire complexe, mais aussi boire bien noté, bien-pensant et bien coté. Le grand cru valeur boursière pétri d'œnologie morbide a remplacé la boisson de table vinifiée par le paysan. C'est cette certaine idée du vin de France que l'on cherche à assassiner aujourd'hui en discréditant jusqu'à plus soif le principe du vin nouveau. Le Guide Michelin ne fait pas autre chose en rayant de ses notations étoilées la cuisine classique pour la seule gloire des mixtures moléculaires servies en éprouvette.

Ode à la vie

C'est sans doute que le beaujolais nouveau pue trop la sueur d'une populace avinée de nostalgie du vin de soif, contrairement à la noble modernité de ces flacons de pauillac et de saint-émilion qui n'en sont d'ailleurs plus, tant la poussière de chêne neuf saturant leurs tanins laisse croire qu'ils ont été élevés dans des cercueils. Comme s'il était dégradant de promouvoir un vin populaire procurant un plaisir facile à des gens qui veulent simplement festoyer. C'est vrai, les oenarques de la vinocratie contemporaine ne trinquent pas dans une guinguette.

Dommage, car, dans un pays où la consommation du vin s'effondre, la célébration du vin nouveau constitue une formidable initiation à la dégustation. A ce stade-là se produisent en effet des phénomènes gustatifs et olfactifs primaires qui offrent une perception originale de l'âme du vin. Autant un cabernet franc, un merlot, un pinot noir ou une syrah à leur premier âge ne peuvent rien exprimer de plaisant, autant le gamay libère immédiatement ses charmes et ses vertus. Idem pour les cépages blancs, entre un chardonnay et un sauvignon. Tous les paramètres du vin bien fait apparaissent spontanément, tous ses défauts aussi. Certes, ils seront éphémères, car telle est la vocation du vin primeur, mais ils n'en seront pas moins généreux. Un gamay nouveau bien né et bien fait est donc tout autant un grand vin à cette phase-là de sa vie, qu'un premier cru à son apogée. Car ce n'est pas la complexité, la puissance ou l'élégance que l'on recherche sur un vin nouveau, mais tout ce que l'innocence, la pureté et la joie d'un enfant riant aux éclats peut procurer comme bonheur à ses parents. Jamais le jus de la vigne n'est aussi près de ses racines, aussi proche du fruit dont il provient. Sur le plan symbolique, aspect fondamental de l'art bachique, rien ne vaut le baptême d'un millésime naissant avec le vin du même millésime. En ce sens, la consécration du vin nouveau est porteuse de civilisation comme certaines croyances saluent le lever du soleil ou l'allongement du jour. Rituel païen? Non, ode à la vie dans son expression la plus joyeuse, la plus festive, celle du fruit de la terre et du travail de l'homme. Tel est le secret de la gourmandise du vin. P.L.

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